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Visite technique au cœur des vignes : actualités et perspectives des cépages résistants.

La Commission Technique Nationale de la Sélection et de Participation (CTNSP) qui fédère les acteurs de la sélection et de la conservation des ressources génétiques de la vigne a tenu son Assemblée Générale annuelle sur site Inra Grand Est-Colmar, mardi 30 mai 2017.

Visite des parcelles élémentaires ResDur de Colmar - 2017 © Sarah-Louise Filleux
Mis à jour le 19/06/2017
Publié le 09/06/2017

Mardi 30 mai, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle, les travaux menés sur le centre ont été présentés à la trentaine de membres présents de la CTNSP.

Après une brève introduction sur les enjeux à 30 ans de la viticulture et les objectifs de développement du centre pour répondre aux enjeux de la ‘Santé de la vigne et la qualité du vin’ par la présidente de centre Frédérique Pelsy, les membres de la commission ont découvert, au cours de la matinée, la plateforme de phénotypage,serres et laboratoire ainsi que le dispositif de sélection intermédiaire du programme de création de variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, ResDur.

 Cet évènement a permis aux acteurs de la filière et aux chercheurs d’échanger autour de l’état des lieux sur la maladie du court-noué et sur la résistance au mildiou et oïdium. La matinée s’est terminée par la découverte de l’atelier de micro-vinification commun à l’Inra, l'Institut Français de la Vigne et du vin (IFV) et le Comité Interprofessionnel des Vins d'Alsace (CIVA), suivi d’une dégustation des vins Inra dans la cave.

Phénotypage, une plateforme consacrée à la résistance de la vigne

Disques de phénotypage. © Inra, Sarah-Louise Filleux
Disques de phénotypage © Inra, Sarah-Louise Filleux
« le phénotypage est la mesure d’un trait, soit une caractéristique de la plante, ici la résistance » explique Sabine Wiedemann-Merdinoglu (UMR SVQV) responsable de la plateforme de phénotypage pour l’étude de la résistance de la vigne au mildiou et à l’oïdium. Ici, il s’agit d’étudier les interactions entre plantes et pathogènes afin de mieux comprendre les mécanismes de défenses de la vigne et les méthodes de contournement de ces défenses par les pathogènes.

Chez la vigne, comme chez les autres plantes, on observe deux types de résistance : partielle ou totale. Selon les espèces de vignes sauvages d’origine américaines ou asiatiques, leurs niveaux de résistance diffèrent. Chez les vignes sauvages, la résistance est en général de nature polygénique (le fait de cumuler plusieurs gènes pour un même caractère) ce qui assure à la résistance une certaine durabilité dans le temps.

Une résistance totale n’est efficace que si le pathogène n’a pas réussi à s’adapter lors de son évolution donc à franchir la barrière de cette résistance et rendre la plante sans défense.  Les travaux réalisés sur la plateforme consistent  à cribler des collections d’espèces de Vitis ou de Vitis vinifera afin d’identifier des accessions résistantes ou de moindre sensibilité, et à évaluer le niveau de résistance de populations d’études issues d’un croisement entre un parent résistant et un parent sensible. L’évaluation de la résistance au mildiou est réalisée par observation des symptômes (sporulation et nécrose) obtenus sur des disques foliaires préalablement inoculés à l’aide de 3 souches de ce pathogène.

Résistance totale, partielle… des obtentions en sélection intermédiaire à l’étude !

Visite des essais ResDur sous serre.. © Inra, Sarah-Louise Filleux
Visite des essais ResDur sous serre. © Inra, Sarah-Louise Filleux

Christophe Schneider (UMR SVQV) a ensuite fait visiter les parcelles en expérimentation du programme ResDur à différent stades de sélection. Des premières années en serres, aux plants en phase de sélection Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale (VATE) en extérieur, 7 années se sont écoulées au cours desquelles les performances de résistance, de production et de qualité gustative des descendances ont été évaluées.

A ce stade, chaque obtention est expérimentée sur deux ou trois sites, en réseau.Au niveau de chaque site les mesures sont basées sur une parcelle élémentaire de 4 pieds, directement issus du plant de semis conservé en serre.

Actuellement, le réseau s'appuie sur les sites INRA de Colmar, Bordeaux, Pech Rouge ainsi que du partenaire Agroscope en Suisse. A Colmar ce sont plus de 400 obtentions qui sont en cours d'évaluation.

L'essai visité comporte 101 parcelles élémentaires et a permis de présélectionner, 25 variétés candidates sur leur résistance totale pour l’oïdium, partielle haute pour le mildiou et partielle moyenne pour le Black-rot et leurs performances culturales. Il faudra attendre encore quelques années d’étude pour qu’une variété résistante ResDur, issue de ces essais soit commercialisée. La qualité du vin produit par chaque variété candidate est évaluée après vinification de la vendange sur la plateforme de vinification expérimentale.

«  Un seul nématode porteur du virus suffit pour engendrer un nouveau foyer de la maladie du court-noué...»

Nématodes, vecteurs de la maladie du court noué de la vigne, vus sous loupe binoculaire. Ces invertébrés filiformes de 3mm de long , parasites des racines,  transmettent les particules virales à la vigne lors de leur alimentation au niveau des racines.. © Inra, Gerard Demangeat
Nématodes, vecteurs de la maladie du court noué de la vigne, vus sous loupe binoculaire. Ces invertébrés filiformes de 3mm de long , parasites des racines, transmettent les particules virales à la vigne lors de leur alimentation au niveau des racines. © Inra, Gerard Demangeat

La maladie du court-noué affecte la pérennité des vignobles et les rendements des récoltes. Un cortège de 16 virus différents induit cette maladie mais c’est le Grapevine fan leaf virus ou GFLV qui est le principal agent responsable de cette maladie. Il est transmis à la vigne par un parasite des racine : un nématode parasite, petit « ver » du sol d’environ 3mm de long (photo ci-contre).

Lors de la visite, Gérard Demangeat (UMR SVQV) a précisé aux membres de la CNTSP les principales approches développées par l’équipe Virologie et Vection pour comprendre le cycle biologique du virus et les moyens de lutte à l’étude contre cette maladie. L’équipe étudie la variabilité génétique des différents variants de GFLV en lien avec la symptomatologie et recherche les déterminants moléculaires impliqués dans la spécificité d’interaction entre le virus et le nématode.

Pour poursuivre le décryptage des étapes de la biologie du virus, l’équipe (en collaboration avec l’Institut de Biologie Moléculaire des Plantes (IBMP, CNRS-Strasbourg) a produit des Nanobodies (Nbs), petits peptides dérivés d’anticorps simple chaine capable de reconnaitre le virus. Les Nbs présentent une activité antivirale remarquable et confère une résistance élevée au GFLV. Ces Nbs peuvent être également déclinés en outils de détection pour suivre le virus dans les plantes ou dans les nématodes. Ils peuvent également remplacer avantageusement les réactifs de détection traditionnels utilisés dans les tests ELISA.

En parallèle, l’équipe crible des ressources génétiques pour rechercher des résistances aux virus et évalue la résistance de sources d’origine biotechnologique. Enfin, il a été observé que l’on peut réduire significativement la population de nématodes en cultivant certaines fabacées durant la période d’interculture. Cette approche est actuellement en cours de validation au vignoble et pourrait être une alternative à la lutte chimique utilisée dans le passé pour contrôler les populations de nématodes.