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Les chercheurs dans les medias. © Inra, J. Galet

Dossiers et communiqués de presse

Les trois couleurs du Pinot

Noir, gris et blanc sont les trois couleurs du Pinot. Une équipe Inra de Colmar a mis en lumière les mécanismes génétiques et cellulaires qui ont conduit à l’apparition de ces trois variétés du célèbre cépage dont la France tire quelques uns de ses meilleurs vins.

Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 23/06/2015
Publié le 23/06/2015
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La Nature ne supporte pas très longtemps la monotonie et trouve toujours moyen d’apporter de l’innovation, même lorsque l’Homme tente de reproduire à l’identique les variétés végétales qu’il a sélectionnées. L’histoire du Pinot en est une démonstration vivante. Ce cépage prestigieux est synonyme de vins rouges d’une grande finesse et bien charpentés et de vins blancs frais et fruités. Très présent dans les vignobles de la Bourgogne, l’Alsace, la Champagne et des pays de la Loire, le Pinot peut être noir, blanc ou gris. Les spécialistes font remonter son origine aux temps de Charlemagne, ou même à l’époque gallo-romaine.
Or, on le sait, les pieds de vigne sont obtenus par bouturage ou greffage. Ainsi, tous les pieds du même cépage devraient être génétiquement identiques entre eux. Et pourtant, malgré l’utilisation de ces techniques, le Pinot s’est transformé au fil du temps : les grappes noires d’origine ont évolué, naturellement, en grappes grises puis en grappes blanches. Une équipe de chercheurs de l’Inra de Colmar a voulu savoir comment s’est effectué, aux niveaux génétique et cellulaire, ce passage d’une couleur à l’autre. Pour cela, ils ont mis à profit la collection-conservatoire de Pinot préservée à l’Inra, dans laquelle ils ont choisi 6 représentants de Pinot noir, 7 de Pinot gris et 20 de Pinot blanc.

Une chimère bien réelle

Mutant de Pinot gris évoluant vers le Pinot blanc du fait de leur structure chimérique.. © © INRA, PELSY Gilles
Mutant de Pinot gris évoluant vers le Pinot blanc du fait de leur structure chimérique. © © INRA, PELSY Gilles
Les chercheurs ont d’abord montré que le Pinot gris est une chimère, un organisme composé de deux types de cellules différentes génétiquement. En effet, les cellules de l’épiderme des baies de cette variété peuvent synthétiser des anthocyanes, les pigments rouges du raisin. En revanche, les cellules de l’intérieur de la baie ont perdu cette capacité. Les chercheurs ont alors voulu comprendre comment les cellules de l’intérieur de la baie avaient perdu les gènes nécessaires à la production d’anthocyanes.

« Nous avons montré que cette perte provient de mutations de grande ampleur ou de délétions de longues séquences génétiques. Celles-ci se produisent notamment lorsque deux chromosomes homologues s’échangent entre eux des brins d’ADN », explique Frédérique Pelsy, chercheuse à l’unité « Santé de la vigne et qualité du vin ». Ainsi, par le biais d’erreurs lors de la réplication de l’ADN, la Nature introduit des innovations qui peuvent parfois être fructueuses, comme lors de l’apparition du Pinot gris.

L’invasion des cellules mutées

Mais il existe un autre mécanisme pour produire de nouvelles variétés végétales qui ne passe ni par la reproduction sexuée ni par des mutations spontanées. C’est celui à l’œuvre lors du passage du Pinot gris vers le Pinot blanc. Les chercheurs ont montré que les baies blanches, totalement dépourvues des gènes nécessaires à la synthèse de pigments avaient pour origine des plants de Pinot Gris dans lesquels a eu lieu une invasion des cellules de l’intérieur de la plante dans son épiderme coloré. Ainsi, les cellules capables de produire des anthocyanes ont été remplacées par des cellules mutées. Qu’est ce qui a déclenché ces invasions ? « Nous n’avons pour l’instant que des hypothèses, mais il est possible que ces réarrangements cellulaires soient induits par des blessures de l’épiderme du Pinot gris comme  des piqures d’insectes», propose Frédérique Pelsy.  
Le Pinot n’est pas le seul cépage à avoir connu de tels changements au cours de son histoire. Le Merlot, le Terret ou le Grenache présentent, eux aussi, les trois couleurs. Les chercheurs Inra voudraient à présent savoir si cela est le fruit d’une évolution similaire. Ceci leur permettra peut-être de mettre en lumière les processus généraux du passage du raisin noir vers le raisin blanc. En attendant, l’amateur de vins blancs ne pourra que se réjouir de ces erreurs fécondes de la Nature !

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Biologie et amélioration des plantes, Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Grand Est - Colmar

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